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  • : Les Humeurs de Svetambre
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  • : Je n'aime pas les étiquettes, les catégories, les petites cases... je m'y sens à l'étroit. J'ai l'intention de parler de bien des choses, ici ! De mes livres ou de ceux que j'ai lus, de mon travail ou de ma famille, de ce qui me fait hurler et de ce qui me fait jouir de la vie...
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  • Lucie Chenu
  • Je suis un être humain, Yeah ! et comme tout être humain, je possède trop de facettes, trop d'identités, pour les définir en moins de 250 caractères. Vous devez donc lire mes articles !
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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 15:53

La SGDL a publié un commentaire sur le texte de la « loi de numérisation des œuvres du XXième siècle » sur son site et sur Actualitté. Le moins que je puisse dire est que cette analyse m'étonne. Ma réponse serait trop longue pour tenir en commentaire d'article, je la publie donc ici, sur mon blog.

 

« I - Pour l'auteur, les intérêts majeurs de la loi,

1/ Dans tous les cas, s'il choisit de rester au sein du dispositif (...) »

 

En fait, non. L'auteur ne choisit pas. Dans la majorité des cas, l'auteur ne sera même pas au courant de la numérisation de son ouvrage puisqu'il est prévu de ne pas lui en demander l'autorisation ; de ne même pas le prévenir!

 

« 2/ Si l’auteur a récupéré ses droits pour l’exploitation « papier » il récupère 100% des droits d’auteur issus de l’exploitation de l’ouvrage par la société de gestion collective »

 

Ça n'est pas ce que dit le texte de loi. Et ça n'est pas non plus ce que dit le communiqué de la SGDL qui parle, plus loin, de 50% des droits d'auteur, le reste allant à l'éditeur en défaut d'exploitation.

 

Enfin et surtout, cet argument est, comment dire... absurde. Lors d'une édition classique (papier ou numérique), l'auteur perçoit 100% des droits d'auteur. Si un auteur souhaite que soit publié en numérique l'un de ses ouvrages indisponibles (ou pas, d'ailleurs), du XXesiècle, il a toute latitude de le proposer à un éditeur numérique qui lui versera 100% des droits d'auteur, qui correspondront à

 

« s’il choisit de rester dans le dispositif ; il peut s’opposer à une exploitation exclusive par l’éditeur d’origine ; il peut à tout moment sortir du dispositif et garde toute sa liberté sur les modalités d’exploitation de ses œuvres, par lui-même ou par un tiers »

 

En fait, non : d'après le texte de loi, l'auteur n'a que six mois à compter d'un événement dont il ne sera pas prévenu, l'inscription de son œuvre dans la base de données pour s'opposer à sa numérisation et à son exploitation par la SPRD. Sans doute la SGDL se base-t-elle sur un ancien texte qui n'est pas celui que les deux Chambres ont adopté. Après ces six mois, il pourra s'opposer à cette exploitation « s’il juge que la reproduction ou la représentation de ce livre est susceptible de nuire à son honneur ou à sa réputation. » (Art. L. 134 4. – I du Code de la Propriété intellectuelle modifié par cette loi) Cette restriction peut être interprétée de façons diverses, et elle risque d'être source de conflits.

 

« 3/ Si l’auteur n’a jamais cédé ses droits numériques ou s’il les a récupérés il peut sortir à tout moment du dispositif et garder toute sa liberté sur les modalités d’exploitation de ses œuvres, y compris dans le cas où les droits pour l’exploitation « papier » seraient toujours détenus par l’éditeur ; »

 

Doublement faux : le délai de six mois, tout d'abord. Ensuite, d'après le texte de loi, l'auteur doit prouver que l'éditeur ne détient pas les droits pour le numérique, ce que bien souvent il ne pourra pas faire, s'il n'a pas conservé les contrats de ses ouvrages parus il y a plusieurs décennies de cela. Les avocats qui se sont penchés sur la question ont particulièrement mis ce point en avant.

 

« 5/ Serai-je averti de la numérisation et de la diffusion de mes livres  ?

Si la SGDL est largement favorable à ce projet, elle est pleinement consciente de la nécessité, pour tous, de veiller à ce que les moyens d’information des auteurs, et de leurs éditeurs, soient suffisants pour permettre, dans la période de six mois, à ceux qui le souhaiteraient de ne pas entrer dans le dispositif. Les associations et les sociétés d’auteurs auront un rôle particulier à jouer pour assurer cette information auprès du plus grand nombre. Ce n’est pas la loi, mais un décret qui définira ces moyens, mais les éditeurs comme les sociétés d’auteurs devront veiller à avertir les auteurs concernés. »

 

Autrement dit, nous n'avons aucune assurance. La loi ne dit pas que les auteurs devront être avertis (les ayants droit encore moins) de l'ajout de leurs œuvres à la base de données, elle dit même le contraire. La SGDL propose d'avertir ses adhérents, ce qui signifie qu'il faudra payer une cotisation pour être prévenu d'un fait légal. Et puis quoi, encore ?

 

« 6/ Les éditeurs qui exploiteront dans le cadre du droit de priorité seront-ils rémunérés en plus de leurs revenus d'exploitation  ? Non. C'est une question qui a été soulevée, puisque les revenus de la société de gestion collective seront répartis entre auteurs et éditeurs, et qu'une priorité sera donnée à l'éditeur d'origine pour l'exploitation. Il conviendra donc de veiller, au sein de la société de gestion et de répartition, à ce que, lorsque les éditeurs d'origine diffuseront eux-mêmes les livres, ils ne perçoivent pas deux fois sur les revenus d'exploitation : en tant qu'exploitant et en tant que titulaire de droit. Il est entendu que le partage à 50% - 50% ne pourrait intervenir que dans les cas où c'est un tiers qui exploite. La SGDL sera particulièrement vigilante sur ce point, qui a été posé comme une condition nécessaire à son accord. »

 

L'un des points particulièrement choquants, dans ce texte de loi, n'est pas qu'un éditeur numérique perçoive un revenu. C'est qu'un éditeur en défaut d'exploitation perçoive des « droits d'auteurs » ! Un partage à 50% - 50% des droits d'auteurs entre l'auteur et l'éditeur en défaut d'exploitation qui sera rémunéré – autrement dit, un entrepreneur qui sera récompensé pour avoir mal fait son travail – c'est scandaleux !

C'est aussi inquiétant, car on peut se demander ce qu'il adviendra en cas d'adaptation cinématographique, audiovisuelle, BD, jeu ou figurines. Cette loi imposera de fait un « droit d'auteur revenant à l'éditeur », autrement dit un copyright.

En outre, l'argument est ridicule – quoique je reconnaisse qu'il est assez bien tourné pour embrouiller l'esprit. On fait miroiter « 50% » de DA aux auteurs. Mais 50% de quoi ? 50% de ce qu'il restera après (je me base sur l'accord cadre que la SGDL a signé avec le SNE, la BnF, le ministère de la Culture et le Commissariat général à l'Investissement, téléchargeable ici) après « rémunération des capitaux investis » et après prélèvement des parts de la SPRD et de l'éditeur numérique, dans le cas où ça n'est pas l'éditeur originel qui exploite l'e-book. Pas 50% du prix de vente du livre numérique – dont on ne sait absolument pas à quel prix il sera vendu, soit dit en passant.

Encore une fois, dans un contrat d'édition classique, après prélèvement des frais d'impression, de diffusion, de distribution et de la part de l'éditeur, l'auteur perçoit 100% des droits d'auteur ! Oui, vous avez bien lu : 100% des droits d'auteur vont à l'auteur.

Il faut se méfier des statistiques et des pourcentages ; on peut leur faire dire ce qu'on veut.

Ce « 50% - 50% » ne correspond à rien, car il n'est nulle part dit à combien – à quel pourcentage – s'élèvera la part de droits d'auteur partagés en deux, entre l'auteur ou ses ayants droit et l'éditeur fainéant.

 

(Et les frais de numérisation, me direz-vous? Eh bien la numérisation sera payée par l'argent public, ce qui est un autre point particulièrement choquant !)

 

« 8/ L'ayant droit est-il dépossédé de ses droits  ? Bien évidemment non. Des commentaires excessifs ont parlé de « confiscation », voire de « propriété nationale » à propos de cette loi. Or le mot « cession » n'est pas utilisé. L'ayant droit fait apport à la société de perception et de répartition (qui est une société civile soumise aux dispositions du Code de la Propriété Intellectuelle) de ses droits, que celle-ci exerce pour lui. C'est précisément parce qu'elle n'est pas cessionnaire des droits que la SPRD agréée doit être explicitement investie de la qualité pour agir en justice. C'est une des principales différences entre cette loi et le principe de l'exception, qui prive l'auteur d'une partie de ses droits. »

 

Bien sûr que oui, les ayants droit sont dépossédés de leurs droits. La SGDL joue sur le double sens des mots « droit » et « ayant droit ». Les ayants droit – je parle ici des héritiers des auteurs – ne seront pas dépossédés de la rémunération allouée aux auteurs, mais ils sont, comme les auteurs, dépossédés de leur droit à être avertis du désir de publication et à lire, discuter et signer un contrat d'édition. En outre, ils sont dépossédés du droit de s'opposer à la publication de l'ouvrage. (Et certes, le mot « cession » n'est pas utilisé, les rédacteurs de ce texte de loi ne sont pas totalement crétins.)

 

Ce n'est pas – pas seulement – le droit patrimonial qui est attaqué, c'est le droit moral, et en particulier le droit de divulgation et le droit de repentir. Or, selon l'article L121-1 al. 2 du CPI2, le droit moral est « perpétuel, imprescriptible et inaliénable (…) transmissible à cause de mort aux héritiers de l'auteur ».

 

J'ose espérer que la SGDL ne considère pas les ayants droit comme des « parasites » (comme je l'ai lu ici ou là sous la plume d'internautes que notre pétition dérangeait) qui ne songent qu'à s'engraisser avec les revenus des œuvres commises par leurs ancêtres. Parce que non, un ayant droit, ça n'est pas ça. Un ayant droit, c'est avant tout l'enfant d'un écrivain. Si après ma mort, mes enfants veulent s'opposer à ce qu'on exploite en numérique l'un ou l'autre de mes textes (à moins bien sûr que j'aie signé un contrat l'autorisant), je veux, moi, qu'ils en aient la liberté, tant que ces textes ne sont pas dans le domaine public. Tout comme je veux avoir le droit de m'opposer à la publication en numérique des ouvrages signés par mes ascendants, ou de choisir (en accord avec ma famille) pour cela l'éditeur de mon choix, de signer avec lui un contrat d'édition et de convenir ensemble du prix de vente du fichier.

 

En résumé, la SGDL dit avoir reçu du ministère de la Culture toutes les assurances que tout se passerait bien pour les auteurs, mais ces assurances ne sont pas inscrites dans le texte de loi. Au contraire, quand on compare les différentes versions qui ont été discutées à l'Assemblée législative et au Sénat, on s'aperçoit que le projet a beaucoup changé, au détriment des bibliothèques et des lecteurs (œuvres orphelines) et au détriment des auteurs et de leurs ayants droit (qui ne sont pas les éditeurs).

 

Pour toutes ces raisons, les explications de la SGDL ne me satisfont pas. Et pour toutes ces raisons, et d'autres encore – que je développerai dès que le temps ralentit, je réclame l'abrogation de cette véritable atteinte au droit d'auteur qu'est cette loi.

 

Et parce que, oui, je trouve anormal que des héritiers puissent profiter des droits d'auteur de leurs ancêtres soixante-dix ans après la morts de ceux-ci, je réclame le raccourcissement du délai avant l'entrée des œuvres dans le domaine public et la véritable gratuité, pour tous les lecteurs (en et hors bibliothèques), des classiques de la littérature, de la philosophie ou des sciences.

 

 

PS  : quelques liens pour compléter, préciser, discuter...

http://www.sivan-avocats.com/oeuvresindisponibles.html

http://bibliobs.nouvelobs.com/numerique/20120227.OBS2372/numerisation-des-oeuvres-indisponibles-cette-nouvelle-loi-est-une-usine-a-gaz.html

http://scinfolex.wordpress.com/2012/02/29/petit-guide-de-survie-juridique-a-lusage-des-auteurs-doeuvres-indisponibles/

et bien sûr, la pétition (à cette heure signée par 1575 personnes)

et le groupe facebook du collectif Le Droit du Serf.

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Published by Lucie Chenu - dans Coup de gueule
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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 18:42

Llorona on the rocks, le roman de Charlotte Bousquet que j'ai eu tant de plaisir à diriger pour les éditions Argemmios, va bientôt connaître une nouvelle vie chez un nouvel éditeur. Malheureusement, ce que Charlotte n'avait pas prévu, en récupérant ses droits pile deux ans après la signature de son contrat, c'est que les éditions Argemmios se retrouveraient avec l'interdiction formelle de les solder avant – pour cause de loi Lang – comme après cette date – pour cause de contrat. Interdiction même de donner les livres ! On a cherché tous les moyens, il n'y a rien à faire : Argemmios a l'obligation de pilonner tous les exemplaires de Llorona on the rocksrestant en stock après le 16 juin 2012. Or, non seulement le pilon a un coût non négligeable, mais en outre ça fait mal au cœur de détruire un livre aussi bon, moins de deux ans après sa parution !

 

Du coup, comme on connaît votre amour pour les collectors, et qu'en plus on ne sait pas si le nouvel éditeur conservera les nombreuses et riches annexes du roman (ni d'ailleurs le titre, ni en fait la fin), on s'est dit qu'il fallait faire d'une pierre deux coups et vous informer de la situation, pour le cas où vous ayez différé votre achat. D'ici peu, Llorona on the rockssera introuvable – dans sa version originale, avec une couverture signée Fabien Fernandez. Alors, n'hésitez plus ! Passez dès maintenant commande sur la boutique en ligne d'Argemmiosqui vous le propose avec la réduction légale de -5%, ou chez votre libraire préféré.

 

http://boutique.argemmios.com/WebRoot/ce_fr/Shops/216008/4CCE/8695/7CA8/54F5/A616/3EC1/CD19/20A8/COUV-Llorona_m.jpg

 

« Les fées, c’est comme la Vierge de Guadalupe, j’ai cessé d’y croire à dix ans. Quand j’ai tué pour la première fois. »

À Ciudad Juárez, des femmes sont assassinées. Pour le sexe. Pour le fun. Pour leurs organes, aussi. La routine. Sauf qu’une inconnue voilée de blanc apparaît, à chaque fois, près des cadavres.

La Llorona.

En pleine guerre des cartels, les Feds ont autre chose à faire que courir après une légende. Alors, ils ont fait appel à moi, Eva Vargas, la meilleure tueuse à gages et spirite du Mexique. Mais entre les fantômes du passé, les narcos et mon fichu cœur d’artichaut, il va falloir autre chose qu’un tequila blanco pour y arriver sans me brûler les ailes…

 

 

À propos de Llorona on the rocks :

 

« un livre assez étonnant, un de ceux que l'on dévore d'un coup. Ce livre possède une urgence incroyable. (…) Un fantastique ou plutôt une superstition omniprésente donne un ton vraiment original à ce livre. Ici, le réel, très glauque, rejoint le thriller qui baigne lui-même dans une ambiance surnaturelle très prenante », par Lefantasio, sur Esprits Libres.

 

« c’est vivant, teigneux, rentre-dedans, et pour peu qu’on puisse accepter le principal personnage (une tueuse sans scrupules avec un cœur de midinette…), cela se lit d’une traite avec une tequila à portée de la main pour être dans l’ambiance. Par moments, ça fait du bien… », Thomas Bauduret, sur la Yozone.

 

« un texte sans concession, avec bande son à la clé », Garion, sur les Chroniques de l'Imaginaire.

 

« L’auteure, pour écrire ce roman, s’est délibérément placée dans la peau de son personnage et la nervosité, l’impatience et la force d’Evelia ressortent dans l’écriture même. (...) de surprises en rebondissements, l’action avance, nous plongeant de plus en plus profond dans le bourbier morbide de la ville-frontière. Le style est parfois filant, parfois heurté, comme les sentiments de l’héroïne. C. Bousquet garde la poésie qui fait le charme de ses écrits, mais y ajoute une pointe d’amertume qui va s’amplifiant tout au long du texte », Jean Rébillat, surActuSF.

ActuSF a d'ailleurs classé le livre dans la liste des livres qui [lui] ont tapé dans l'œil en 2010-2011.

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Published by Lucie Chenu - dans Livres - édition
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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 16:08

 

Depuis mon adolescence, Cabaret, le film de Bob Fosse avec Liza Minelli, Michael York, Helmut Griem et Joel Grey, est l'un de mes films cultes. Aussi, apprenant que le spectacle musical passait à Toulouse, mon cher et tendre décida-t-il de m'offrir deux places. Comme je suis bonne, je l'ai emmené avec moi.


C'était risqué, tout de même. Si je n'ai vu le film que quelques nombreuses fois, j'ai très souvent écouté le disque – que j'ai en 33 tours, et en CD. Je connais les chansons par cœur, dans leur version originale, faite d'anglais mâtiné d'allemand et parsemé de quelques mots de français. Je les connais, surtout, par les voix de Liza Minelli, de Joel Grey et des autres acteurs-chanteurs du film. Et je connais l'histoire racontée dans le film de Bob Fosse, qui n'est pas – pas exactement – celle de I am a camera, la pièce que John van Druten a écrite (en 1951) d'après Sally Bowles, un récit que Christopher Isherwood avait publié en 1937, et que Harold Prince fut le premier à adapter en musical, en 1966, avec une musique de John Kander, des paroles de Fred Ebb et un livret de Joe Masteroff. Bref, je connaissais sans connaître. Je connaissais une autre version qui pouvait, dans ma tête, faire de l'ombre au spectacle.

 

Et c'est un peu ce qui s'est passé, pendant la première partie. J'ai eu du mal à m'adapter aux divergences entre les histoires, et entre les personnages. À la traduction de certaines chansons, aussi. Quelques-uns des personnages du film auxquels j'étais attachée n'existent pas dans la pièce où d'autres les remplacent (enfin, chronologiquement, c'est l'inverse). En fait, il n'y a guère que Sally Bowles et Emcee, le Maître de Cérémonie, qui existent dans les deux versions (et les filles du Kit Kat Klub, bien sûr), et encore sont-ils passablement différents. Du coup, par moments, j'étais un peu perdue. Je cherchais mes repères.

 

http://www.stage-entertainment.fr/views/images/couple-chaise-cabaret.png


Mais la plupart du temps, je jouissais du spectacle sans me poser de questions ! La main au-dessus des yeux pour éviter que le spot bleu pétant ne m'éblouisse (heureusement, de temps à autre, il était éteint), un grand sourire aux lèvres et me retenant de chanter en chœur – et en anglais ! – les chansons que je connaissais, c'est-à-dire la plupart. Et en admiration devant le décor à deux étages – l'orchestre est placé en haut, dans une mezzanine, et deux escaliers en colimaçon permettent aux acteurs-chanteurs-musiciens-danseurs de monter et descendre, tandis qu'en bas, trois portes côte à côte laissent passer les comédiens. Les jeux d'éclairage variés – des spots et des poursuites, mais aussi des ampoules entourant un cadre, l'enseigne du Kit Kat Klub – font vivre cet espace de façon magistrale. Entre deux scènes (l'une se passant au club et l'autre à la pension de famille ou l'inverse), le noir se fait, brièvement et en douceur, et lorsque la lumière revient, différente, les acteurs ont eux-mêmes déplacé les rares tables ou chaises qui plantent le décor. Aucun heurt.

 

L'entracte est arrivé brusquement (je n'avais pas envie qu'il y ait un entracte), après une chanson qui dans le film est chantée par un adolescent à la voix d'ange et au costume de nazi, puis progressivement reprise en chœur par la foule, dans la rue. La version du spectacle est très différente, c'était assez désarçonnant. Et lorsque mon cher et tendre m'a posé la question fatidique, « alors, tu en penses quoi? », je n'ai pu m'empêcher de lui dire que je trouvais que la montée du nazisme était peu marquée, malgré cette dernière chanson – et la révélation qu'un personnage « sympathique » porte un brassard à la croix gammée. Que n'avais-je pas dit là!

 

Après l'entracte, le spectacle a repris d'une façon magistrale. Originale. Parfaite pour nous remettre dans le bain. Le MC a tout d'abord invité une dame à danser ; puis un monsieur qui a eu droit à des plaisanteries paillardes – ben oui, quoi, c'est Cabaret, tout de même ! – avant de laisser jouer l'orchestre qui nous a carrément gratifiés d'un mini-concert. Et après cela vient l'une des scènes les plus émouvantes. Et l'histoire de s'accélérer, et les chansons de m'emporter, et… Et, oui, la montée du nazisme est dépeinte, dans cette version-là, aussi. Et oh, que ça fait mal ! Et mes larmes de couler, et le public d'applaudir à tout rompre, longtemps.

 

Il y a plein de choses dont je n'ai pas parlé ou trop peu. La voix de Claire Pérot* (Sally Bowles) lorsqu'elle chante, mais aussi lorsqu'elle joue, qu'elle parle ; le jeu des comédiens (tous) et l'enthousiasme contagieux des danseurs ; le personnage de Fraülein Schneider qui, allez savoir pourquoi, me rappelait Ruth Fisher dans Six Feet Under ; la musique et la chorégraphie… Un seul bémol  : les costumes, parfois trop beiges, trop couleur chair, pour être visibles de loin. Les noirs sont bien mieux. Mais cela dit, ce manque de contraste est peut-être dû à mes mauvais yeux et à la salle trop grande (le Zénith), car les photographies** (du programme et du site internet) sont splendides.

 

Depuis samedi, les chansons me trottent dans la tête – aidées par le CD du spectacle ;-) J'ai envie de revoir le film, et de découvrir Adieu à Berlin, le recueil d'Isherwood contenant Sally Bowles et d'écouter encore le disque, et celui du film, de comparer, pour le plaisir. Et j'ai envie que le DVD du spectacle soit disponible. Envie de le revoir

 

Vraiment, l'orchestre est magnifique. Les danseurs sont magnifiques. Les acteurs et les chanteurs sont magnifiques.

 

Cabaret est magnifique.

 

*: ou sa doublure ? Comment peut-on savoir si tel ou tel comédien était doublé pour telle ou telle représentation ? Quoi qu'il en soit, je n'ai pas regretté Liza Minelli, ce qui est un exploit !

 

**: si j'enfreins une quelconque loi en postant une photographie, merci de m'en avertir avant de m'envoyer les huissiers. Et merci de me donner le nom du photographe, que je puisse le créditer.

 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 07:44

Je vous en parlais il y a deux jours, nous sommes un certain nombre à nous émouvoir de la proposition de loi relative à la numérisation des oeuvres du XXe siècle, dont vous pouvez lire le texte, après adoption par le Sénat. Cette proposition de loi doit repasser le 22 février (dans deux jours, oui) en seconde lecture à l'Assemblée nationale pour adoption définitive. Le collectif "Le droit du serf" a mis en ligne une pétition que nous comptons envoyer le plus tôt possible aux députés. Je vous en recopie le texte ci-dessous et, si vous en êtes d'accord, merci d'aller la signer vite !

Mesdames et messieurs les députés, 
Le 13 février, le Sénat a adopté une proposition de loi relative à l’exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle que vous aviez approuvée en première lecture le 19 janvier. 
Cette loi vise à rendre accessible sous forme numérique l’ensemble de la production littéraire française du XXe siècle dès lors que les œuvres ne sont plus exploitées commercialement. Elle prévoit que la BnF recenserait dans une banque de données publique l’ensemble desdites œuvres dont l’exploitation serait gérée par une Société de perception et de répartition des droits (SRPD) qui assurerait, de façon paritaire, une rémunération aux éditeurs et aux auteurs. 
Vous allez être prochainement appelés à voter cette loi pour adoption définitive. 
Après lecture attentive, il nous apparait que ce texte ne répond pas à l’objectif affiché de concilier la protection des auteurs et l’accès de tous aux ouvrages considérés comme introuvables. Au contraire il dévoie le droit d’auteur défini par le Code de la Propriété Intellectuelle, sans offrir la moindre garantie à tous les lecteurs de pouvoir accéder aux ouvrages dans des conditions raisonnables. 
Il est entendu que, par « auteurs », nous désignons ici les écrivains, les traducteurs, les dessinateurs et les illustrateurs, auxquels sont évidemment liés leurs ayants droit. 
Pour rappel, le droit d’auteur est inaliénable et confère aux auteurs et à leurs ayants droit la libre disposition de leur œuvre et de ses exploitations. C’est, entre autres, pour cette raison que vous avez statué sur le droit de copie et sur ce qu’il est convenu d’appeler piratage en matière d’œuvres numériques. 
Selon le projet de loi, les auteurs ou ayants droit auraient obligation de s'opposer à l'inscription de leur œuvre sur la base de données, ce qui revient à effectuer une confiscation automatique de la propriété des auteurs et ayants droit, avec une possibilité très limitée de rétraction par les propriétaires légitimes des œuvres. Il s’agit donc d’une remise en question du droit d’auteur inaliénable. 
Pour information, il est rarissime que l’indisponibilité d’un ouvrage ressortisse à la volonté délibérée de l’auteur ou de ses ayants droit. Dans une immense majorité des cas, elle est le fait des éditeurs auxquels les auteurs ont cédé le droit d’exploitation commerciale et qui ont cessé d’exploiter ce droit sans toutefois leur en rendre l’usage. Or, le projet de loi que vous allez réexaminer prévoit que l’éditeur en défaut de commercialisation bénéficie au même titre que l’auteur des dispositions de la loi. 
Pour réflexion, il arrive également qu’un auteur ne souhaite pas que tel ou tel de ses ouvrages soient remis dans les circuits de diffusion, par exemple parce qu’il a depuis publié un autre ouvrage plus complet auquel la publication numérique du précédent ferait concurrence. 
L’auteur seul – ou à défaut ses ayants droit – peut décider d’une nouvelle diffusion de son œuvre. Tout éditeur – numérique ou papier – qui souhaiterait exploiter son œuvre se doit en premier chef de lui proposer un contrat. 
Pour comble, la facture générée par la collecte des données et les frais de fonctionnement des sociétés agréées aurait un coût important qui rejaillirait directement sur le prix de vente des ouvrages ainsi exploités et sur la rémunération des auteurs, entraînant l’un à la hausse et l’autre à la baisse. 
En conclusion, bien que, en cette période pré-électorale, nous vous savons fort occupés par la multiplication des textes qui vous sont soumis, nous vous appelons à reconsidérer votre position, au regard des achoppements que nous vous exposons, et à rejeter purement et simplement cette proposition de loi qui ne ferait qu’instituer un piratage officiel et général des œuvres littéraires du XXe siècle sous la forme d’une atteinte sans précédent au droit de propriété, ici celui des auteurs. 

Collectif d’auteurs « Le droit du serf » 

Et donc, pour signer, c'est ici : http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2012N21047

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Published by Lucie Chenu - dans Livres - édition
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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:54

Le numérique et la littérature sont-ils compatibles ? C'est la question qu'on peut se poser quand on voit à quel point les discussions flambent de tout côté, depuis quelques jours, sur le net.

Tout d'abord, il y a cette proposition de loi relative à l'exploitation numérique des œuvres indisponibles du XXesiècle. J'essaye de vous résumer et d'expliquer.

Les œuvres dites « indisponibles » sont des ouvrages qui ne sont pas dans le domaine public. Des ouvrages qui ont été publiés durant le XXe siècle et dont les auteurs peuvent être morts ou vivants. Des ouvrages indisponibles, parce qu'épuisés et non réimprimés. Ces livres peuvent avoir fait un flop ou avoir cassé la baraque en leur temps, peu importe. On parle ici d'exploitation numérique, pas de littérature. De gros sous, pas d'art. Et les livres dont il est question vont du roman à l'essai en passant par le manuel ou les bandes dessinées, très anciens ou carrément récents.

Cette proposition de loi vise à entrer dans une banque de données les titres des ouvrages indisponibles et, une fois ceci fait, à autoriser une société d'exploitation à les numériser et les commercialiser, les revenus (parce que tous ces ouvrages ne seront pas gratuits, qu'alliez-vous croire !) étant répartis à la façon de la Sacem, le plus gros dans la poche de la société (qui aura des frais, c'est un fait) et pas grand-chose dans celle des auteurs et de leurs ayants droit. Un éditeur pourra s'opposer à ce qu'un livre qu'il a publié soit ainsi numérisé, et dans ce cas, il a deux ans pour prouver qu'il exploite toujours le livre. Facile pour les grosses boites comme Gallimard – oui, si je cite Gallimard, ça n'est pas sans raison – ou Hachette, un peu moins pour les petits et moyens éditeurs. Un auteur – à défaut, ses ayants droit – pourra aussi s'opposer à ce que son livre soit numérisé. Mais il doit pour cela guetter la fameuse liste, faire des démarches pour empêcher que, etc., et cela va à l'encontre du droit d'auteur. Si l'on veut publier à nouveau l'ouvrage de quelqu'un, alors il faut lui demander et lui proposer un contrat d'édition !

Je fais une première parenthèse pour parler de la traduction du Vieil Homme et la mer, d'Hemingway, réalisée par François Bon qui l'avait mise en ligne sur publie.net où il a vendu le nombre exorbitant de 22 exemplaires. F. Bon était persuadé d'agir en toute légalité, car selon les pays, Hemingway est, ou n'est pas, dans le domaine public. Gallimard, qui possède les droits d'exploitation du roman pour la France (et sans doute aussi pour les autres pays francophones, mais ça serait à vérifier, car au Canada le livre est dans le domaine public !) a envoyé une lettre comminatoire enjoignant aux diffuseurs de publie.net de retirer le roman, puis a nié avoir envoyé une telle lettre. Bref, l'affaire est assez compliquée, les droits américain et français se mélangeant allègrement, et je vous conseille de la lire à la source, ainsi que les analyses qui en sont faites ici, ou . Ce qui m'interpelle particulièrement, c'est cet article intitulé Démolir Gallimard, très intéressant au demeurant. Il n'empêche qu'il y est écrit quelque chose avec quoi je ne suis pas d’accord : « Il suffit de scanner, de numériser tous les auteurs dont les œuvres ne sont pas encore dans le domaine public. Je ne vois aucune raison morale de ne pas le faire. Que veut un auteur, même et surtout au-delà de sa mort ? Être lu, savoir que l’accès à ses oeuvres sera pérennisé. »

Non, un auteur ne veut pas forcément que ses anciens livres soient scannés, numérisés et lus, « même et surtout au-delà de sa mort ». Un auteur a le droit d’espérer que ses livres procureront des revenus à lui-même ou, après sa mort, à ses enfants (à ses ayants droit), il peut aussi ne surtout pas vouloir que tel ou tel de ses livres soit à nouveau disponible, pour peu qu’il le considère comme dépassé, qu’il ait changé d’avis au sujet des thèses exposées, ou qu’il craigne que cela fasse concurrence à ses livres plus récents. C’est surtout pour cela que je ne suis pas d’accord avec la proposition de loi sur la numérisation des œuvres indisponibles du XXe siècle.

Alors certes, les ouvrages publiés chez Gallimard ne sont pas « indisponibles », il reste toujours quelques exemplaires « prouvant » que le livre est toujours exploité. Il n’empêche que le principe est le même : toute nouvelle publication, y compris numérique, ne saurait se faire sans qu’on demande son accord à l’auteur ou à ses ayants droit.

Mais il y a un point à prendre en considération : le délai excessif avant que l'œuvre ne tombe dans le domaine public. C'est une aberration. Vingt ans après la mort de l’auteur seraient, à mon avis, largement suffisants. Or, en France, ce délai était il y a peu variable selon l'époque de la mort de l'auteur, selon sa mort, aussi (les ouvrages des auteurs « morts pour la France » attendaient quelques années de plus avant d'entrer dans le domaine public), variant de cinquante à soixante-dix ans. Et depuis peu, on a harmonisé le tout: c'est soixante-dix ans. Soixante-dix années après la mort de l'auteur avant que l'ouvrage ne rentre dans le domaine public. C'est énorme. C'est trois fois trop.

Chez Gallimard – on y revient –, le cas est particulier. En effet, cet éditeur fait (ou faisait ? Mes sources datent un peu, je m'en voudrais de vous induire en erreur et surtout de risquer un procès pour diffamation ;-)) signer des contrats d'édition engageant les ayants droit de l'auteur jusqu'à l'entrée des ouvrages dans le domaine public. C'est-à-dire que si je signe un roman chez Gallimard (ne rêvons pas !), mes enfants n'auront pas le droit de le publier ailleurs, même s'il est introuvable en librairie, Gallimard s'arrangeant toujours pour garder quelques exemplaires en stock.

Gallimard… Oui, Antoine Gallimard, l'héritier de la rue Gaston Gallimard, que d'après Wikipediason père a obligé à faire du droit à Assas, alors qu'il voulait étudier la philosophie… (Je me demande à quoi aurait ressemblé l'édition, en France, si Claude Gallimard avait mieux respecté les désirs de ses enfants. Peut-être les auteurs auraient-ils, eux-mêmes, été mieux respectés en tant que créateurs ?), le patron du Syndicat national de l'édition, oui, ce syndicat qui ne regroupe que les gros groupes éditoriaux et ne représente que lui-même et ses intérêts, surtout pas ceux des auteurs, et organise, entre autres, le Salon du Livre de Paris. Et c'est l'occasion pour moi d'ouvrir une deuxième parenthèse.

Le Salon du Livre de Paris… qui, cette année, refuse toute accréditation aux écrivains n'ayant pas une actu et une dédicace sur un stand!!! Lorsque j'ai lu cet article, j'ai cru à une erreur. Mais des auteurs de ma connaissance se sont vu répondre – et désagréablement, en prime – qu'il était hors de question qu'ils puissent entrer gratuitement au Salon. Dorénavant, les mots « auteur » et « écrivain » sont rayés de la liste des « professionnels du livre » pouvant obtenir une accréditation, y compris parmi les « créateurs ». Je me suis creusé la cervelle pour savoir pourquoi on écartait ainsi les écrivains, j'ai pensé que le candidat-président (qui a, paraît-il, commis un livre) prévoyait une visite, que les auteurs étaient trop gauchistes pour se laisser manipuler, qu'on entendrait clamer partout « casse-toi, pauv'con ! », ce genre de choses, quoi. Et puis, Actualitté a enquêté et expliqué pourquoi les auteurs n'auraient pas, cette année, le droit de rentrer gratuitement au Salon qui vit de leurs Livres. Il fallait y penser : d'après Bertrand Morrisset, commissaire général du Salon du Livre, les auteurs sont des mafiosos qui revendent leurs places, ce qui n'est bien sûr pas le cas des autres professionnels du livre que sont les coloristes, les traducteurs, les illustrateurs, les correcteurs, les bibliothécaires, les orthophonistes (eh oui, les orthophonistes sont des professionnels du livre, je l'apprends moi aussi), les maquettistes, les photograveurs, les relieurs-brocheurs, les fournisseurs de logiciels (oui, vous ne saviez pas que les fournisseurs de logiciel étaient des professionnels du livre ? Moi non plus) et j'en passe et des meilleures. Seuls les auteurs, bien sûr, sont malhonnêtes…

Mais comme le dit Ayerdhal, « j’ai parfaitement conscience que l’organisation du Salon du livre de Paris est confiée par le syndicat national de l’édition (SNE), dont monsieur Antoine Gallimard est l’actuel président, à Reed Expositions France (du groupe Reed Elsevier, dont le chiffre d’affaires en 2010 était de 7,3 milliards d’euros et le bénéfice net de 780 millions). »

Ah oui, ces chiffres laissent rêveur, n'est-ce pas ?

Alors, je boucle mes parenthèses et j'en reviens à ce projet de loi. Le collectif d'auteurs « Le Droit du Serf » a rédigé une lettre-pétition qui sera le plus tôt possible envoyée aux députés. Ça urge, parce qu'elle passe en deuxième lecture à l'Assemblée législative le 22 février. J'ai parfaitement conscience qu'il se passe des choses mille fois plus graves, en ce moment, que des droits d'auteurs qui ne rentreraient pas dans leur poche. Il n'empêche qu'avec l'avènement du numérique, on se retrouve (tous, les auteurs et les lecteurs, et aussi ceux qui se fichent des livres) dans la position de David contre Goliath, ou du pot de terre contre le pot de fer, selon la métaphore que vous préférez. Les gros groupes éditoriaux tels que Gallimard (on peut aussi citer Hachette, qui fait partie de Lagardère et se trouve à la neuvième place dans le classement des principaux conglomérats d'édition avec 2,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel !) possèdent les droits d'exploitation d'ouvrages jusque soixante-dix ans après la mort de leurs auteurs. Les écrivains, eux, touchent entre 4 et 15 % du prix de vente hors-taxe, pour un roman papier. Ces mêmes gros groupes éditoriaux commencent à publier des romans en numérique, à un tarif à peine inférieur à celui du livre papier, alors qu'ils n'ont plus les frais d'impression et et que les frais de distribution sont extrêmement réduits, et cela sans pour autant augmenter de façon significative le pourcentage de droits d'auteurs. Ces groupes ont formé un « syndicat » qui organise un salon du livre où les auteurs, pour entrer, doivent payer leur place. L'un de ces groupes exige – avant de se dédire – des dommages et intérêts parce qu'un traducteur a proposé une nouvelle – et meilleure, paraît-il – traduction d'un ouvrage dont il possède les droits d'exploitation, plus de cinquante ans après le suicide de son auteur. Et à côté de ça, les « ouvrages indisponibles », ceux qui sont parus chez de petits éditeurs indépendants, devraient être numérisés et vendus sans pour autant qu'on signe un contrat d'édition à leurs auteurs ? Lesquels auteurs devraient être bien contents qu'on les laisse payer pour aller au Salon du Livre…!

Mais de qui se moque-t-on ?

Moi, je dis non. Je refuse que les ouvrages de mon grand-père soient numérisés et vendus par le biais d'une société d'exploitation qui nous reversera, à ma famille et à moi-même, des fifrelins baveux. Par contre, je n'aurais rien contre le fait qu'ils soient versés au domaine public sans attendre que sa mort soit passée depuis soixante-dix ans, et je souhaiterais que leur accession soit gratuite.

Et je refuse que mes bouquins (oui, je sais, il est question du XXesiècle, mais une fois cette loi votée, il sera tellement aisé par un simple décret d'en déplacer la date d'application !) soient numérisés et vendus sans contrat d'édition. Et il est tout à fait possible que je refuse que certains de mes textes soient disponibles en numériques, je veux avoir le choix de publier ou non ce que j'ai écrit, selon la façon que je souhaite.

Et je refuse de payer pour entrer au Salon du Livre où je comptais aller, cette année, pour nouer des contacts professionnels.

Et j'aimerais bien lire la traduction de François Bon du Vieil Homme et la mer

Ce qui fait une sacrée pelote bien emmêlée.

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Published by Lucie Chenu - dans Livres - édition
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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 13:33

J'entends dire ou je lis parfois des choses que je ne comprends pas. Je ne dois pas avoir les neurones pour. Par exemple, j'entends dire ou je lis que la natalité est en baisse, en France, depuis des années, et que c'est un problème, parce qu'il va y avoir de plus en plus de retraités, et de moins en moins de travailleurs pour cotiser, et donc financer les retraites.

Et puis j'entends dire ou je lis parfois que de plus en plus d'étrangers veulent venir vivre en France, parce qu'ils fuient un pays où on les persécute en « raison » de leur ethnie ou de leurs opinions politiques et qu'ils risquent la mort, ou encore parce que leur situation économique est catastrophique -- la vraie catastrophe, celle dans laquelle les gens n'ont pas accès à l'eau potable ou à la nourriture, ne parlons pas des soins. Et puis, il y a ceux qui viennent étudier en France et qui, une fois leur diplôme en poche, voudraient bien y exercer leur métier, afin de faire profiter leur pays d'adoption de leurs compétences nouvelles. Et plein d'autres raisons de vouloir vivre chez nous, l'amour, l'amitié ou le goût de nos vertes prairies et des rues enfumées de Paris.

Mais voilà, ces gens-là, les étrangers, on n'en veut pas.

Alors moi qui n'y connais rien en politique et pas grand-chose en économie, je voudrais qu'on m'explique une bonne fois pour toutes : pourquoi renvoie-t-on des gens qui demandent à payer impôts taxes et cotisations (parfois même, qui en payent déjà) tout en regrettant que les « Français de souche » ne fassent pas assez d'enfants pour cela ?

Qu'on n'aille pas me sortir que les étrangers coûtent cher, en soins ou en allocations-chômage ! Parce que les enfants dont on regrette qu'ils ne soient pas nés en assez grand nombre, eux aussi, coûteront en soins, en allocations, en frais de scolarité et j'en passe. Ou alors, qu'on me dise clairement que ces enfants qu'on voudrait nous voir pondre n'auront, eux, droit à rien.

Qu'on n'aille pas me dire que les étrangers sont la cause de la crise, ou que les renvoyer aidera à en sortir : rien n'est plus faux et ce prétexte ne sert qu'à désigner un bouc émissaire, à diviser pour mieux régner. Cette crise est financière et, en ces temps où les pauvres sont de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches, je ne vois pas en quoi dépenser près de 20 000 euros pour reconduire 1 (oui, j'ai bien dit « 1 », et si vous ne me croyez pas, lisez Eolas) étranger à la frontière aidera la France à sortir de l'ornière !

Moi, je veux qu'ils restent, les étrangers, quelles que soient leurs couleurs, leurs nationalités, leurs religions, et même s'ils préfèrent taper dans un ballon à lire de la science-fiction, même s'ils écoutent du rap plutôt que du folk breton. D'abord, mon père était étranger, et s'il n'avait pas vécu en France, je n'existerais pas. Ensuite, mes études de génétique m'ont prouvé que la consanguinité, c'est vraiment pas bon pour la santé. Et pour finir, je digère mieux le couscous que la potée auvergnate.

Et surtout, je préfère la liberté au travail, l'égalité à la famille* et la fraternité à la patrie !

Sans compter que s'ils veulent aider mes enfants** à payer ma retraite, c'est tout bénef, non ?

 

* : je parle évidemment de la notion de famille en tant que valeur, parce que les membres de ma famille, eux, comptent plus que tout (puis faut que je fasse gaffe à ce que j'écris, au cas où ils me lisent ;-))

** : qui sont eux-mêmes petits-enfants d'un étranger, si vous avez bien suivi.

***: oui, j'ai piqué l'idée des notes de bas de page à Jeanne-A Debats, même si je trouve qu'elle en met trop ;-)

 

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Published by Lucie Chenu - dans Coup de gueule
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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 17:23

Je n’ai pas d’amie, pas de sœur,

Personne à qui dire mes malheurs,

Ni d’ailleurs mes bonheurs.

 

Personne vers qui vider l’angoisse

Qui me submerge, me colle, me poisse

Me gonfle le cœur de nausée.

 

Pourtant, j’écoute, sereine,

Les ennuis, les soucis, les problèmes

Du peuple dont je suis la reine.

 

De tout mon entourage,

Je supporte la rage,

J'écoute d'un air sage.

 

Mes suivantes me rapportent

Que l'ennemi est à nos portes,

Qu'il attaque sans répit.

 

Nombre des miennes ont péri,

Percées de son dard mortel,

Dévorées par le frelon cruel,

 

Alors qu'à la ruche elles rentraient,

Chargées du pollen doré

Dont elles tirent notre miel.

 

Mais laissons là ce fiel

Je dois remplir notre havre,

Produire plus de larves

 

Qui seront bâtisseuses,

Soldates ou butineuses,

Tandis que je resterai

Pour toujours une pondeuse.

 

Il y aura quelques faux-bourdons

Qui m'aimeront et en mourront,

Tandis que mes filles se battront

Sans relâche contre les frelons.

 

Tel est le destin cruel

De la reine des abeilles

Qui n'a pas d'amie, pas de sœur

À qui confier ses malheurs.

 

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 09:48

À quoi me sert de vieillir

si les maux de la jeunesse

font encore souffrir

et mon corps, et ma tête.

 

À quoi me sert de vieillir

si les mots de la sagesse

ne peuvent envahir

et mon cœur et ma tête.

 

À quoi me sert de vieillir

si l'épreuve traversée

empêche de mûrir

l'amour et la tendresse.

 

À quoi me sert de vieillir

si la haine, la douleur

m'interdisent de chérir

les jours qui me restent.

 

À quoi me sert de vieillir

si ce n'est que pour gémir,

si c'est pour regretter

les heures qui s'en sont allées…

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 09:45

Aurais-je été la même

si tu avais épousé

cet homme que tu aimes

de toute éternité ?

Aurais-je seulement,
seulement existé

si un nouvel amant

ne t'avait fécondée ?

Aurais-je possédé

mon âme, dans un corps

qu'un autre aurait créé ?

Aurais-je, plus encore,

connu la même vie

si tu étais partie

au-delà de la mer

si tu t'étais enfuie

dans un autre pays,

pour vivre enfin ta vie

ton amour interdit

en toute liberté ?

 

 

 

 

 

 

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 18:58

 

La Vestale du Calix   http://www.noosfere.org/images/couv/a/atalante557-2011.jpg

Anne Larue

éditions L'Atalante

coll. La Dentelle du Cygne

illustration de couverture : Genkis

septembre 2011, 224 pages, 14 €

 

 

Je vous ai déjà parlé d'Anne Larue, à l'occasion de la parution, suivie du retrait des librairies – autrement dit une censure de la part de son propre éditeur qui avait pourtant accepté l'ouvrage ! –, de son essai Fiction, féminisme et postmodernité. Les voies subversives du roman contemporain à grand succès. Cet essai universitaire traite de la fantasy et de la wicca, et de la façon dont elles font « acte de résistance contre le backlash, revanche antiféministe de nos sociétés occidentales aujourd’hui ». Anne n'en était pas à son premier essai, elle a une biblio assez conséquente dont les titres, alléchants, vont de La femme est-elle soluble dans l'eau de vaisselle ?à Le Masochisme, ou comment ne pas devenir un suicidé de la société, en passant par Une vie de Démocriteet Le Surréalisme de Duchamp à Deleuze… Ça fait envie, non ?

 

Mais Anne Larue, universitaire atypique, a plus d'une corde à son arc. Et, comme elle l'explique dans une interview, les essais s'adressent à des lecteurs d'essais, et elle souhaitait s'adresser à des lecteurs de fiction. Et puis cette passionnée de fantasy ne pouvait qu'avoir envie de s'essayer au roman. Ce qu'elle a fait, donc, avec La Vestale du Calix, parue chez L'Atalante.

 

Anna est une vestale, elle a grandi au Vestaliat auquel elle a réussi à accéder, enfant, au cours d'une épreuve qui en a laissé plus d'une sur le carreau – ou plus exactement sur la route où elles sont mortes d'épuisement. Anna est consciencieuse, mais aussi amoureuse, et, à cause d'elle, le Calix Esclarmonde dont elle avait la garde est brisé. Pour un tel crime, Anna devrait passer à l'ébouillanté, mais voilà, son maître a besoin d'un cobaye, elle est donc décorporée – ce qui est moins douloureux. Persuadée d'être morte, elle se retrouve en l'an 4666 où, ma foi, elle trouve que l'après-vie n'est pas si désagréable. Elle devient la co-locataire d'Ankh, belle blonde médiéviste, avec qui elle se cache pour échapper aux matches de trimslop. Elle fabrique des costumes et monte à cheval. Elle est d'ailleurs, semble-t-il, l'une des rares de cette époque à savoir que les chevaux sont intelligents et qu'ils parlent. Mais peut-être ne lui parlent-ils qu'à elle ? Le jour où elle disparaît, Ankh part à sa recherche en compagnie de Holinshed, un cheval qui voyage dans le temps. Ce sera pour Ankh un véritable voyage initiatique.

 

Vous en ai-je trop dit ? Je ne crois pas. Car connaître le fil de cette histoire à la fois loufoque et grandiose, ça n'est pas l'avoir lue. L'intrigue est passionnante et originale, les personnages attirants, mais surtout on se marre à chaque phrase, alors qu'il est question de choses profondes, voire graves. Souvent, je me laissais aller à l'amusement, et puis tout d'un coup, je prenais brusquement conscience de la portée de ce que je lisais, je découvrais au détour d'un paragraphe qu'il y avait bien plus que ce qu'il semblait. Je suppose que ça tient au style d'Anne Larue, à ses phrases précises et concises qui apportent une fraîcheur à ce qui apparaîtrait glauque sous la plume d'une autre. Il y a quelque chose, dans son ton, qui me fait penser à l'art naïf. Une simplicité qui permet des métaphores plus osées. Une légèreté qui fait passer un message, qu'on est libre de prendre pour le faire sien ou de laisser de côté, et qui, du coup, passe tellement bien…

 

 

Et puis, cette histoire, bon sang, tout à la fois classique et terriblement originale… Waouh…! 

 

edti : pour rajouter deux points. 1) j'adore ses chevaux et 2) j'adore la couverture, signée Genkis

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