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Je n’ai pas d’amie, pas de sœur,
Personne à qui dire mes malheurs,
Ni d’ailleurs mes bonheurs.
Personne vers qui vider l’angoisse
Qui me submerge, me colle, me poisse
Me gonfle le cœur de nausée.
Pourtant, j’écoute, sereine,
Les ennuis, les soucis, les problèmes
Du peuple dont je suis la reine.
De tout mon entourage,
Je supporte la rage,
J'écoute d'un air sage.
Mes suivantes me rapportent
Que l'ennemi est à nos portes,
Qu'il attaque sans répit.
Nombre des miennes ont péri,
Percées de son dard mortel,
Dévorées par le frelon cruel,
Alors qu'à la ruche elles rentraient,
Chargées du pollen doré
Dont elles tirent notre miel.
Mais laissons là ce fiel
Je dois remplir notre havre,
Produire plus de larves
Qui seront bâtisseuses,
Soldates ou butineuses,
Tandis que je resterai
Pour toujours une pondeuse.
Il y aura quelques faux-bourdons
Qui m'aimeront et en mourront,
Tandis que mes filles se battront
Sans relâche contre les frelons.
Tel est le destin cruel
De la reine des abeilles
Qui n'a pas d'amie, pas de sœur
À qui confier ses malheurs.
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