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  • : Les Humeurs de Svetambre
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  • : Je n'aime pas les étiquettes, les catégories, les petites cases... je m'y sens à l'étroit. J'ai l'intention de parler de bien des choses, ici ! De mes livres ou de ceux que j'ai lus, de mon travail ou de ma famille, de ce qui me fait hurler et de ce qui me fait jouir de la vie...
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  • Lucie Chenu
  • Je suis un être humain, Yeah ! et comme tout être humain, je possède trop de facettes, trop d'identités, pour les définir en moins de 250 caractères. Vous devez donc lire mes articles !
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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 09:27

Or donc, « identité nationale » est le thème du jour. Thème du jour et fausse question, à mon humble avis de française qui fut longtemps (et bêtement) fière de son pays.

 

 

(Bêtement, parce que je n’en voyais que les points positifs, je croyais que la France était le pays des Droits de l’Homme, je croyais qu’elle était en tête des combats sociaux et humanitaires, je croyais en sa démocratie – et je croyais en la valeur de la démocratie. Depuis, j’ai appris qu’elle avait été condamnée un grand nombre de fois par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, sans que ça change significativement l’action de son gouvernement. Du coup, je suis moins bête et moins fière.)

 

 

Que signifie pour moi – encore maintenant – « être française » ? Ça fait deux-trois jours que je retourne cette question dans ma tête – il a fallu que je la dissocie des mots « identité nationale » pour être capable d’y répondre. Parce que ce « nationale » sent le nationalisme et que je ne me reconnais pas là-dedans.

 

 

C’est assez simple, « être française », pour moi, ça tient en trois mots : « Liberté, Égalité, Fraternité ».

 

 

La devise de la France – sa devise actuelle, qui n’est pas « Travail, Famille, Patrie » – est ce dans quoi je me reconnais en tant que française. Ce qui ne m’empêche pas d’aimer ma famille plus que tout – mais ça n’est pas parce que je suis française que je l’aime, plutôt parce que je suis une fille, une femme, une mère – et d’aimer mon travail – car j’ai la chance de faire un travail que j’aime, et j’ai conscience que c’est un privilège – et d’aimer, oui, d’aimer la France. Ma patrie. Enfin, je devrais plutôt dire « ma matrie » parce que c’est ma mère qui me l’a léguée, pas mon père. Et que le patriarcat me gave grave.

 

 

Aimer la France, ça n’est pas fermer les yeux quand elle se conduit mal. Si je fermais les yeux et laissais faire quand mes enfants agissent mal, je serais une bien mauvaise mère. Si je n’avertissais pas mes amis lorsqu’ils ont tort et vont droit dans le mur, je serais une bien mauvaise amie. Aimer la France, c’est faire partie d’elle, et la guider dans le sens que j’estime être le bon, par mes actions, par mes paroles et, bien sûr, par mes votes.

 

 

Aimer la France, c’est donc aussi tirer la sonnette d’alarme quand elle trahit sa devise. Ce qui fait d’elle qu’elle est la France.

 

 

La Fraternité, c’est assez facile à concevoir, mais bien plus difficile à mettre en pratique. C’est l’entraide, c’est le coup de main, c’est la compassion. Envers tous ceux qui croisent notre chemin. La Fraternité passe par le respect, bien sûr, mais pas par l’admiration, ni par l’amour, ni même par l’amitié. Bien sûr, dans le quotidien, nous aidons plus facilement nos amis que de parfaits inconnus, ne serait-ce que parce que nous les côtoyons et avons donc plus souvent l’occasion d’être là pour eux. Mais lorsque le pays construit des écoles ou des maisons de retraite, il n’a pas à demander leur carte du Parti aux petits vieux, ni leur carte d’identité aux enfants. La Fraternité s’adresse à tous. Et le délit de sale gueule – ou de sale nom – est l’inverse de la Fraternité, il trahit la devise de la France.

 

 

L’Égalité est un mot à la fois simple et compliqué. Tant de fois « égal » est confondu avec « semblable » ! Comme s’il était possible, comme s’il était souhaitable, que nous soyons tous similaires, habillés de la même façon, pratiquant la même gymnastique, le même métier, après avoir suivi les mêmes études… Soyons sérieux deux minutes : l’Égalité, c’est avant tout l’égalité des droits civique, c’est aussi l’égalité des chances, sans discrimination de sexe, sociale, raciale, culturelle, familiale ou religieuse. Sans discrimination financière, non plus. Aïe ! Je le sais bien que c’est là que le bât blesse ! Il va quand même falloir y réfléchir. Tout comme il va falloir réfléchir au fait que la France est un pays raciste, sexiste, homophobe. Que le lavage de cerveau y est tellement bien pratiqué qu’on s’aplatit devant le bling-bling et la grossièreté de ses dirigeants, que la censure est tellement ancrée dans les mœurs qu’on ne s’étonne même pas que certains soient plus égaux que d’autres… que les chances de certains d’accéder à un haut poste sans en avoir les compétences, ou d’acquérir promptement la nationalité française soient beaucoup, beaucoup, plus élevées que pour d’autres.

 

 

Quant à la Liberté, c’est sans conteste le morceau de notre devise qui est le plus mal compris, le plus déformé. La Liberté, qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça n’est pas, tout d’abord. Le droit de faire n’importe quoi sans réfléchir aux conséquences (ou sans s’en soucier). Ça, c’est le libéralisme, plutôt. C’est aussi la délinquance. Dans les deux cas, je prends aux autres ce qui devrait leur revenir. C’est du libéralisme ou de la délinquance selon qu’on est plus ou moins égal, cf. paragraphe précédent ! Non, la Liberté, ça n’est pas ça. La Liberté, c’est le droit d’aller et venir, « la faculté d’agir sans être entravé par le pouvoir d’autrui » dit Wikipédia, mais, la Liberté n’est pas un joujou pour les enfants. La Liberté a des limites, et pour être réellement libre, il faut les connaître, ou du moins essayer de les discerner. C’est ainsi que la Liberté est sœur siamoise de la Responsabilité. Je suis libre d’agir, OK, mais je suis responsable de mes actes. Devant autrui et devant la loi.

 

 

Et les premières limites de ma Liberté sont la Liberté d’autrui, son Égalité et la Fraternité qui lui est due.

 

 

Car ces trois mots sont indissociables : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Et plutôt que d’enseigner aux enfants les paroles d’un hymne guerrier qui n’a plus de valeur qu’historique (et dont, d’ailleurs, ils risquent fort de ne pas comprendre les mots), à l’heure où l’on construit l’Europe, plutôt que de décorer leur classe avec une image tricolore (oui, c’est cool, un drapeau, mais ça n’est qu’un bout de tissu, en final !) ou une star mariannisée – encore du bling-bling –, il faudrait, non, il faut, leur enseigner la devise de la France, ce qui fait qu’elle est la France.

 

 

Et enseigner, c’est montrer l’exemple.

 

 

Plutôt que de parler d’ « identité nationale », terme vide de toute substance intelligente, à connotation fortement négative – l’exclusion, puisque n’est pas national ce qui est étranger –, et qui conduit tout droit au nationalisme, on ferait bien mieux de s’intéresser à la citoyenneté.

 

 

Et à l’histoire de la France. Parce que bon, être français, oui, bonne question. Qu’est donc la France et qu’a-t-elle fait ? Et que fait-elle, maintenant, qui puisse nous rendre fiers d’elle et de nous ?

 

 

cet article n'est pas fini, suite au prochain épisode !

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Published by Lucie Chenu - dans Cri du coeur
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commentaires

:-/ 19/11/2009 17:44


On peut aussi penser que ce débat sur l'identité nationale retarde d'une époque, celle où la modernité avait encore une "solidité", comme diraient certains : http://yannickrumpala.wordpress.com/2009/11/14/%c2%ab-identite-nationale-%c2%bb-un-debat-en-retard-d%e2%80%99une-epoque/


Lucie Chenu 20/11/2009 13:08


J'ai regardé le lien que vous m'indiquez, il faudra que j'y revienne parce que je n'ai pas bien compris cette notion de solidité/liquidité appliquée à la modernité.

Merci de votre visite, en tout cas :-)


Jacques 19/11/2009 00:09


Je vois que Charlotte ci-dessus évoque un glissement progressif vers la dictature.
Je souscrits totalement à son idée puisdque moi-même, sur mon bloc notes, j'ai commencé une rubrique intitulée "Chronique d'une dictature en gestation" !
Et puis j'ai moi aussi parlé d'identité nationale.
Alors, si vous avez envie de faire un petit tour chez moi, ne vous gênez pas, vous y serez les bienvenus...

Bien cordialement,

jf


Lucie Chenu 19/11/2009 15:00


Bienvenue sur mon blog, Jacques. J'irai faire un tour sur le vôtre (j'ai déjà commencé, mais je manque de temps)


Delphine 05/11/2009 07:43



Très semblable à ce que je pense, comme souvent. Mais tu ne te contentes pas de le penser, tu l'écris, et c'est ce qui compte.


Mais Vladimir a raison aussi : l'intégration qui fonctionnait il y a quelques générations est en panne, pour toutes sortes de raisons, d'économie, de conjoncture internationale, d'urbanisme, et
peut-être — mais ce n'est qu'une raison parmi d'autres, trop de gens l'oublient — de religion. Tant de raisons et tant de paramètres que la maladie semble inguérissable, et nous décourage…



Lucie Chenu 07/11/2009 17:49


Merci Del !

C'est très juste, ce que tu dis à propos de la religion, mais je crois que c'est aussi faux. Que les guerres de religion existaient indépendamment de l'immigration, etc.

J'ai commencé à y réfléchir, le plus difficile étant de mettre les bons mots aux bons endroits Surtout que ça me paraît
plus "grave" de mal m'exprimer sur un sujet brûlant comme ça, que sur un article traitant d'enchanteresses, si tu vois ce que je veux dire !


Caza 04/11/2009 12:33


Moi, en tout cas, je signe des 2 mains à tes commentaires sur L-E-F. J'ajoute que tu as bien raison de mettre Fraternité en premier, car on l'oublie souvent, alors qu'il est la condition des 2 autres.


Lucie Chenu 07/11/2009 17:46


Merci Philippe 

oui, je pense que sans Fraternité, on se ficherait de la Liberté d'autrui, et que l'Egalité serait "tout le monde pareil", comme dans un bon vieux régime totalitaire, alors que la Fraternité
cherche "à chacun selon ses besoins"

Enfin, quelque chose comme ça.

Encore un gros boulot d'établir tout ça, du moins, si le climat nous en laisse le temps 


Vladimir Vodarevski 03/11/2009 11:02


C'est vrai que le terme identité a une connotation quelque peu nationaliste. Mais comment en est-on arrivé là? Des fois je me dis que je pourrais traiter de xénophobes tous ceux qui plaisantent sur
mon nom, et je serais pris au sérieux. Et certains ont l'air tellement gêné de l'écorcher, alors que ça me fait rire!

On vit un paradoxe. Dans les années 50-60, il y avait plus de racisme, et de xénophobie en France. Des immigrés licenciés pouvaient risquer la reconduite à la frontière sans que cela gêne personne.
Polak, rital étaient des injures, d'une portée qu'on a oublié aujourd'hui. A l'école, un polak pouvait être accusé d'avoir triché parce qu'il avait eu de meilleures notes qu'un français.

Cependant, la République ne se posait pas de question sur ces enfants d'immigrés. Ils étaient nés en France, ils étaient français, on leur apprendrait à vivre en France, comme n'importe quel petit
français, sans se poser de question existentialiste sur leur identité, sans se demander s'il fallait lui apprendre l'histoire et la langue du pays de ses parents. Nos ancêtres sont les Gaulois, car
nous sommes français. Point. Le résultat, c'est que les enfants d'immigrés sont intégrés, et ont suivi le parcours des enfants des classes sociales dont ils faisaient partie.

Je reconnais que la croissance économique a facilité l'intégration par le travail. C'est aussi parce qu'on est incapable de fournir un travail à tout le monde qu'on se pose des questions d'identité
nationale.


Voici ma contribution à ce débat. Mais c'est décourageant. On doit faire fausse route quelque part, puisque le problème est récurrent depuis des années. Mais rien ne change.


Lucie Chenu 07/11/2009 17:40


C'est pas "identité" qui a une connotation nationaliste, c'est "identité nationale" ! Sinon, tu vas me faire croire que mon antho a une connotation nationaliste

Je pense que le problème est récurrent parce que chaque jour de nouvelles personnes naissent, et d'autres meurent, tout simplement. Il faut tout le temps refaire, ré-expliquer, etc. Je crois que
globalement, au niveau de la planète, il y a un mieux (la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, alors que je me souviens de l'assassinat de Martin Luther King, par exemple), même si par endroits ça
sombre dans l'horreur.

Je crois qu'il faut penser en termes de planète, mais c'est peut-être une déformation due à la SF ;-)